ATELIER SAINT RAPHAEL - peintures et sculptures
 

De la Perception

 


Je suis toujours étonnée de voir comme les voies des artistes diffèrent les unes des autres et comme chacun vît et exprime différemment son expérience. L'expérience esthétique se laisse ni saisir ni définir mais c'est plutôt elle qui saisit ses amis et sa compagnie transforme les personnes. L'on pressent avec enthousiasme vers quelles rives l'apprentissage des beaux-arts vous conduit et c'est sur ce pressentiment que je souhaite développer les lignes qui suivent en essayant de rendre compte à ma manière de la saveur d'un chemin qui semble parfois se confondre avec le but lui même, tant il apporte des joies profondes en dépit de l'imperfection du résultat artistique.

 

Trois approches pour bien voir :

 

L'on désire apprendre à dessiner et à s'exprimer, et l'on s'aperçoit que la seule chose que l'on puisse apprendre ou même enseigner, est de savoir regarder. Toutes les méthodes d'apprentissage forment l'attention au geste en épanouissant le regard. Je trouve intéressant de distinguer trois approches complémentaires de la peinture et de son apprentissage, pour mieux cerner comment celle-ci fait partie intégrante de l'humain.


1. La vision abstraite
2. Les structures figuratives    3. Le corps et le souffleConclusion


 

 La vision abstraite       |      Haut de page


Le dessin développe tout d'abord en nous une capacité de perception  purement visuelle que l'on appelle parfois "vision cerveau-droit 1 ". L'acquis de cette perception nécessite la pratique d'un solfège qui exerce "dans l'œil, le compas ".Ce solfège des dessinateurs consiste à reporter par un processus d'abstraction au concept, l'espace que nous voyons en trois dimensions sur un plan imaginaire en deux dimensions. Ce plan est à penser comme transparent et situé entre nous et le sujet. C'est sur ce plan que nous prenons les mesures, les visées (angles), et les aplombs qui vont structurer le dessin.

Ici tout est pensé en aplats2. Tous les volumes sont mis en relation les uns avec les autres par la prise des mesures. Notre perception devient globale et embrasse progressivement la composition, les contours, les masses et tout les contrastes visuels : les pleins et les vides avant tout, les droites et les obliques, les courbes et les contre courbes et les valeurs, les clairs-obscurs qui nous conduisent à la peinture et ses contrastes colorés multipliés : les ombres et lumières, les tons chauds et froids, purs et rompus, transparent et opaques ...

La formation artistique (mais aussi la fréquentation de tout art) nous apprend à nous détacher de l'objet si psychologiquement et intellectuellement intéressant pour donner à toutes les formes - objet, vides et ombres - une même importance et apprécier la plénitude d'une composition. Il s'agit en effet de voir non plus "ce que nous savons" ou "ce que nous aimons" mais "ce que nous voyons vraiment" et ce que nous voyons vraiment ce sont des formes abstraites. L'abstrait est alors reconnu comme une part intégrée du figuratif et c'est dans cette perspective que l'on peut trouver un égal bonheur à dessiner de belles pivoines ou une quelconque boite de conserve !

 


Les structures figuratives   |      Haut de page


 

Ce passage des 3 dimensions à 2 dimensions permet d'aborder le dessin figuratif avec plus de détachement et d'ouverture. Mais le détachement ne suffit pas. Il est bon aussi de trouver une relation personnelle et tangible avec le sujet et c'est ici que les bases de la morphologie, les règles de la perspective et toutes les connaissances pratiques et théoriques relatives au dessin restent  un outil incontournable pour structurer notre imagination dans le réel. Nous pouvons grâce à ces outils mieux voir et mieux comprendre ce que nous voyons ou encore dessiner d'après imagination des scènes et des espaces créés de toutes pièce mais issu du réel.

Ces bases nous permettent de mieux comprendre la démarche de Cézanne qui cherchait toujours à faire sentir toutes les dimensions d'un objet. Elles nous permettent de voir en trois dimensions dans notre imagination, ce que nous dessinons en deux dimensions et donner présence et volume
au sujet représenté.

L'interprétation de l'artiste se joue quelque part entre ces deux pôles : Il regarde un objet comme si c'était la première fois qu'il le voyait, et en même temps il le comprends et lui donne une forme qu'il choisit.

 


Le corps et le souffle      |      Haut de page haut


L'artiste est quelque part un artisan qui aime travailler une matière première pour lui insuffler ou trouver une âme. Ce travail artistique trouve son fondement naturel dans le corps humain lui même, qui est le lieu d'une union intime entre la matière et la vie de l'esprit.


Notre corps est naturellement habité par un souffle qui établit une continuelle interaction entre l'intérieur et l'extérieur. Il peut être activé de façon volontaire ou involontaire et sollicite selon le cas différemment notre musculature respiratoire. Il est relié à notre inconscient - nous respirons sans avoir à y penser - et à notre conscient - nous pouvons porter notre attention sur lui. Ce souffle qui évoque l'inspiration artistique nous enseigne des choses précieuses quand nous lui sommes attentif sans pour autant chercher à le maîtriser de façon volontaire. Il nous enseigne des attitudes intérieures :


L'enracinement, l'ouverture, le détachement, la réceptivité, la perception, la passivité et l'abandon.

 

Notre rapport au souffle et au corps a des incidences concrètes pour la formation artistique. Pour la peinture par exemple, il est bon de penser à vider son bras, sa main ou même son intention, pour laisser émerger un geste libre qui vient du dos et qui est habité. - Être debout lorsque l'on peint, permet d'étendre le bras et installer une plus grande distance physique entre soi et l'œuvre qui favorise un détachement psychologique à son travail. - Être présent au contact du pinceau avec la toile enrichi le trait et la touche.  Respirer consciemment permet de mieux sentir les rythmes, les pleins et les vides, la respiration d'une œuvre et donc sa composition.


On pourrait peut-être dire que la faculté de "contempler" en peinture dépend de la qualité d'un regard incarné et réceptif. Respirer attentivement rend présent au corps et donc aux sens et notre capacité de "voir" s'en trouve "éveillée". Or le trait qui est juste est celui qui a d'abord été ressenti intérieurement dans une faculté d'imagination disponible.

 

 

Conclusion      |      Haut de page haut


La plupart d'entre nous sentent bien que que la liberté artistique vient avec la maîtrise et que le travail sur le lâcher-prise passe par le même solfège et les mêmes gammes que pour un musicien. Cette intuition est le fondement habituel de toute formation artistique. La modernité artistique a pourtant chamboulé la compréhension de l'art et notamment de la formation des beaux-arts. Notre siècle nous apprend tout les jours que l'on peut suivre d'autre voies complémentaires à celles du pur solfège. C'est le corps qui est le grand gagnant de cette épopée moderne. Écouter son corps, le rencontrer, l'habiter lors du geste de créer fait de toute démarche artistique une quête qui est aussi celle de la connaissance de soi et qui ouvre sur une créativité nouvelle imprégnée d'un certain esprit d'enfance, dont les formes émergent d'une intuition ludique, profonde et corporelle.


Les structures des bases du dessin (perspective, visées, valeurs etc.) développent en nous une sensibilisation de la perception qui devient plus corporelle et libèrent le souffle de l'inspiration. Il nous faut redevenir des classiques par la nature
- disait Cézanne -, c’est-à-dire par la sensation. On le sent, apprendre à peindre introduit sur une double voie interdépendante. D'une part celle d'une riche, fascinante et structurante tradition, et d'autre part, sur la voie de l'ouverture à la nouveauté par la réceptivité c'est à dire par la vision sensible, ouverte et détachée.


1 : Lire à ce propos le livre de Betty Edwards à ce sujet : apprendre à dessiner avec le cerveau droit

2 : L'on pense ici à Maurice Denis :  " Se rappeler qu’un tableau, avant d’être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. "

 

 

Atelier saint raphael : Cours de peinture et de dessin - Stages de portrait - Cours de morphologie - Stages de pespective - Carnet de voyage - Stages de peinture murale